31 décembre 2008
Vivre en anarchiste à la "Belle époque"
À la fin du XIXe siècle, des anarchistes se retroussèrent les manches pour vivre « ici et maintenant » au plus près de leurs aspirations. Ils fondèrent des « milieux libres ». Les éditions Libertaires viennent de publier deux ouvrages qui offrent un beau panorama de ces colonies expérimentales.
« Nous voulons vivre, non pas un lendemain hypothétique, mais une réalité libérée et puissante. L’homme libre doit chercher le plus possible à mettre ses actes en conformité avec les théories qu’il énonce. » André Lorulot résume la volonté qui animait certains anars de la Belle époque. Il fallait se rendre à l’évidence.
Les tranchets, les revolvers et les marmites à renversement étaient incapables de liquider le Vieux Monde. Alors ? Les uns œuvrèrent aux fondations du syndicalisme révolutionnaire. D’autres déployèrent leurs efforts à bâtir des expériences de vie communautaire, modèles réduits de la société à construire. Lassés d’attendre le Grand Soir et d’écouter les discours amidonnés qui les annoncent depuis des lustres, ils vont passer aux actes.
http://polyamour.be/spip.php?article75
Le châle jaune des prostituées au XIXe siècle : signe d’appartenance ou signe de reconnaissance ?
L’histoire de la prostitution est marquée par une multiplicité d’édits qui n’imposent pas seulement des peines, mais aussi le port de signes distinctifs, tels que des accessoires ou des couleurs. Parmi ces couleurs, l’une revient régulièrement, de l’Antiquité aux représentations des artistes – peintres ou écrivains – du XIXe siècle : le jaune. Mais si, à certaines époques, les prostituées furent tenues de porter cette couleur, le jaune n’est pas pour autant devenu leur signe distinctif, comme ce fut le cas pour les juifs. Depuis le quatrième Concile de Latran en 1215 jusqu’aux lois nazies, la couleur jaune a fini par se confondre avec la judéité. En revanche, pour les filles publiques, le jaune n’a franchi la frontière du XIXe siècle que dans les représentations artistiques. Est-ce dû au fait que, dans la législation des prostituées, le jaune fut parfois en concurrence avec d’autres couleurs, notamment le rouge, ou est-ce lié à la pudibonderie d’un siècle, le XIXe, qui refuse de mettre en lumière – et le jaune est aussi symbole du soleil – ce qui pour lui connote le sexe ?
Car la prostituée est un problème pour le siècle du triomphe de la bourgeoisie. Cette femme représente le vice, le vice ambulant. Elle véhicule le mal, en général, et la syphilis, en particulier. Image de la paresse, de l’embonpoint, de l’alcoolisme et même du tribadisme, image de la lascivité, de la débauche, du désordre, la prostituée, aux yeux de cette société, représente un danger, comme en témoigne le tableau de Degas intitulé La Fête de la patronne. Datée de 1876, et exposée au musée Picasso à Paris, cette toile est une représentation-charge des filles des maisons de tolérance. Avachies, vautrées, difformes, elles forment une masse autour de la taulière, seul personnage habillé de la scène. Le pastel jaune du mur du fond est criard ; la couleur, au lieu de distinguer les corps des filles, renforce l’effet caricatural de forme grotesque et presque inquiétante. Le heurt des couleurs primaires – le jaune du mur du fond, le bleu des bas, seul vêtement des filles, et le rouge de la moquette – fait violence et la présence en noir de la patronne au centre du tableau fait contraste avec les corps blancs des six filles dénudées qui l’entourent et envahissent l’espace de la toile...
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