24 décembre 2008
Les palimpsestes des prisons - Les corps tatoués des prisonniers (archives)
« Cet article est issu d’un travail réalisé dans le cadre du « séminaire archives » de l’ENS de Cachan, à partir des sources des Archives de la Ville de Paris. Le sujet initial, la phrénologie, semblait pouvoir être traité à partir des archives du dix-neuvième siècle versées par la Grande Roquette. Malheureusement, les dossiers médicaux détaillés réalisés à l’époque pour chaque détenu ont été pilonnés il y a quelques années. Les seules sources qui demeuraient étaient donc les registres d’écrou, nettement plus pauvres que les dossiers précédemment cités. Les informations les plus précises et les plus détaillées fournies par ces registres concernent les tatouages des détenus. La présence de tatouages, nombreux qui plus est, se révèle très fréquente parmi les détenus. De plus, ces tatouages prennent des formes multiples : relatifs à la profession, sentimentaux, voire érotiques, politiques… La lecture d’ouvrages d’époque, ou plus récents, traitant en partie ou entièrement de la question des prisonniers tatoués permet de mettre en regard pratiques et discours autour du tato-uage, et d’appréhender la multiplicité des significations dont les tatouages sont porteurs.»
Les palimpsestes des prisons
Les corps tatoués des prisonniers (archives)
Marie Parenteau-Denoël
Terrains & Travaux 2003- 2 (n° 5)| ISSN 1627-9506 | ISSN numérique : en cours | ISBN : | page 132 à 150
La ronde des prisonniers (d’après une gravure de Gustave Doré)
« … Parmi les autres van Gogh du Musée Pouchkine, j’ai été frappé par la Cour de Prison, qu’il peignit à Saint-Rémy d’après une gravure de Gustave Doré. On ne voit pas le ciel, la vue est bouchée par ces murs de briques aux rares fenêtres aveugles. On est enfermé, écrasé, les deux murs latéraux convergent, le mur du fond stoppe tout élan, tout regard qui voudrait s’échapper. Les briques, vertes en bas, s’éclaircissent de jaune vers le haut, il doit néanmoins y avoir un peu de lumière, un peu de soleil qui perce cette grisaille. Les dalles au sol sont peintes de touches rectangulaires parallèles qui font vibrer l’espace. Dans cette cour, une trentaine d’hommes en bleus de chauffe tournent en rond. Tous sont voûtés, écrasés, mains dans les poches ou nouées dans le dos. Tous sont coiffés d’un bonnet de prisonnier, alors qu’à droite, le képi rouge d’un garde et les hauts-de-forme de deux fonctionnaires les distinguent d’emblée. Un seul prisonnier se redresse: il est, dans la ronde, à cet instant, le plus près de nous. Il est tête nue, le teint plus clair que ses compagnons; ses cheveux blonds, son visage carré pourraient évoquer un certain Hollandais, mais sans plus, ce n’est pas un auto-portrait. Ses mains pendent à ses côtés, battoirs faits pour le travail ou la violence. Droit, fier, il est seul à nous regarder franchement, directement, fièrement. C’est une des rares scènes de genre peintes par van Gogh, un de ses rares tableaux narratifs. Tableau tragique, expressif, si différent du reste de son oeuvre… »
La ronde des prisonniers (d’après une gravure de Gustave Doré)
Saint-Rémy, février 1890 - Huile sur toile, 80 ´ 64 cm
Moscou, Musée Pouchkine
Sur le site Amateur d’Art « par Lunettes Rouges »
1er juin 2006
http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/lunettesrouges/2006/06/sa_seule_vente.html