20 décembre 2008
Délinquance et réinsertion sociale
«… Si imparfaite qu’elle ait été, la mesure a permis d’éviter la prison et son œuvre de déstructuration, car il n’est pas tout à fait faux de répéter, selon l’adage, que la prison est l’école du crime, ou celle de la récidive. Or on nous la présente comme pouvant être le lieu idoine pour la réinsertion du condamné, à condition, bien sûr, de multiplier les lieux d’enfermement, comme si cette opération ne devait pas s’accompagner de la multiplication des peines de prison prononcées par les juges.
Il faut le dire, la réinsertion en milieu carcéral est un leurre. Pour cette première raison qu’on ne réinsère pas dans un milieu d’exclus, dans une promiscuité qui rend irréaliste l’idée même d’un changement de comportement. Pour cette deuxième raison que le milieu carcéral fonctionne à l’envers d’une société normale, puisque tout y est interdit en dehors de ce qu’autorise le règlement, alors que la vraie vie impose qu’on soit libre de tout faire sauf ce que la loi interdit. Et pour d’autres raisons qui tiennent à ce que les magistrats n’ont pas tous la même opinion sur l’éducation en prison, sur la santé en prison, sur le travail en prison, et sur l’apprentissage en prison. Ceux qui observent l’évolution de la délinquance savent qu’elle a toujours accompagné les sociétés humaines, du fond des âges et dans l’universalité du monde. Ils savent aussi qu’elle a longtemps pu être contenue à un niveau supportable grâce à des forces de sécurité adaptées aux nécessités de la protection des groupes sociaux. S’ils ont aujourd’hui suffisamment vécu, ils ont connu une époque où en effet la question de la sécurité ne se posait que de manière secondaire, une époque où le plein emploi était presque assuré et où les chômeurs, dans notre pays, ne se comptaient que par quelques dizaines de milliers. Puis, comparant la courbe ascendante de la délinquance avec celle du chômage, ils ont observé entre les deux un parallélisme éclairant, et ils se sont demandés s’il n’y avait pas là une relation de cause à effet.
Si l’accroissement continu du chômage tient au mode d’organisation de nos sociétés, si cet accroissement a pour cause un processus de production des biens qui suppose la multiplication des licenciements pour assurer la survie des entreprises, et si, comme il est prévisible, cet ordre des choses a assuré sa pérennité, alors continueront de croître et prospérer la délinquance et l’insécurité, sans qu’y puissent rien ni les rodomontades, ni les leçons de morale… »
* Cet article avait été proposé à l’Humanité en réponse à une tribune d’un membre de l’UMP que le quotidien avait publié. Il n’a pas été publié par l’Humanité.
Mis en ligne le 21 mars 2007
ESSF est une association de solidarité internationale. Son site est en français et anglais. Traitant d'un large éventail de questions, il présente une information militante sur de nombreuses luttes et campagnes ; ainsi que des articles de fond, des éléments de débats, des documents de nature divers. Il se veut un outil utile à toutes celles et ceux qui luttent pour un monde solidaire.
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article5458&var_recherche=prisons
Le caricaturiste enfermé
« L’histoire de la justice est jeune. Depuis peu, elle intègre les études iconographiques à ses perspectives de recherche. Cette contribution présente dans un premier temps un bilan des avancées dans ce domaine, à partir d’exemples sélectionnés qui sont autant de chantiers en devenir. Ensuite elle propose une analyse d’un recueil de planches réalisées en 1947 par un caricaturiste incarcéré pour faits de collaboration. Il s’agit de mettre en garde contre des approches trop descriptives de ce type de témoignage et de montrer des continuités idéologiques par delà d’apparents changements de style iconographique »
Document PDF
Jean-Claude Vimont est maître de conférences d'histoire contemporaine et directeur du département d'histoire de l'Université de Rouen.
-La prison politique en France, Genèse d'un mode d'incarcération spécifique, 18-20eme siècle, Paris, Anthropos, 1993
http://www.stm.unipi.it/Clioh/tabs/libri/5/12-Vimont_147-164.pdf
La fin de l’énigme du « train de Loos »
« Lille, le 1er septembre 1944, l’occupant intensifie ses préparatifs de départ, au loin les explosions se succèdent, les Alliés ne sont plus qu’à quelques heures de la ville. A Loos, les Allemands évacuent les détenus du plus important établissement pénitentiaire de la région vers la gare de Tourcoing où, entassés dans des wagons, ils prennent la direction du Reich via la Belgique.
Une enquête minutieuse de l’historien Yves Le Maner met fin à soixante années d’approximations sur l’un des drames de la déportation.
http://marcel.houdart.online.fr/lvn%202003%2004%2023%20train%20de%20loos.htm