Documents Justice

Documents du temps passé concernant l'Histoire de la justice, des prisons et des bagnes.

30 novembre 2008

Le départ pour l'enfer guyanais

Raymond Robert dans Police Magazine n°14, 1er mars 1931, p.1, 8-10 et 14

Photographies extraites du même magazine.

Document répertorié par Philippe Poisson le 5 mars 2006 dans le cadre du dispositif de la formation continue à l'ENAP des personnels pénitentiaires mutés en Guyanne.

Le_départ_pour_l'enfer_guyanais


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La prison des Magdelonnettes

... A l’époque de la Révolution, on y envoya les talsificateurs de faux assignats, les faussaires et les voleurs, on les  mit sur la paille, dans les combles, tandis qu’on entassait les prisonniers politiques dans d’autres parties de la maison.

Cette prison passait pour la plus insalubre de Paris, elle méritait cette réputation ; les chambres, d’après une relation de Coitant qui y fut enfermé comme suspect[1], « étaient très petites, ayant chacune deux fenêtres de six petits carreaux, ornées de grilles bien solides ; dans chaque de ces chambres se trouvaient deux crèches accolées trois ensemble, chaque crèche avait un pied et demi de large sur six pieds de long, et garnie d’une mauvaise paillasse toute chargée de vermine »...


[1] La Convention ouvre au Comité de Sûreté générale un immense champ d'action par la loi des suspects (17 septembre 1793), votée sur la proposition de Merlin de Douai, avec le concours de Cambacérès. Deux grands praticiens du droit, pour complaire aux terroristes, descendent à cette lâcheté...« Sont réputés suspects « Ceux qui par leur conduite, leurs relations, leurs propos ou leurs écrits se sont montrés partisans de la tyrannie, du fédéralisme, et ennemis de la liberté ;« ceux qui ne pourront justifier de leurs moyens d'existence et de l'acquit de leurs devoirs civiques;« ceux qui n'auront pu obtenir de certificat de civisme;« les ci-devant nobles qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution;« les émigrés, même s'ils sont rentrés;« les prévenus de délits, même acquittés. Autant dire seront suspects tout ceux dont on voudra se défaire. Jamais révolution n'est allée si loin. Les extrémistes peuvent dépeupler la France, l'instrument est prêt…

La prison des Magdelonnettes

(Documents du Temps passé)

Fiche pédagogique n° 8 – 29-30 novembre 2008

Sur le blog en construction de Philipe Poisson

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Fiche_pédagogique_n° 8_Les_Magdelonnettes


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Le fantôme des maisons de redressement

... Quand on parle de protection de l’enfant, s’agit-il de se protéger contre le jeune plutôt que de le protéger de lui-même ? Ce débat jalonne l’histoire de l’intervention auprès des mineurs où la tentation des centres fermés réapparaît régulièrement ...

Dès la Révolution française, la législation est centrée sur la peine éducative et prévoit des maisons d’éducation correctionnelle dont les premières apparaîtront sous la Monarchie de juillet (1830-1848). En attendant, les jeunes resteront en prison, mêlés avec les adultes.

En 1836, dans le souci de séparer les mineurs des majeurs sera ouverte la maison d’éducation correctionnelle de la Petite-Roquette à Paris, inspirée d’un modèle américain rapporté par Tocqueville en 1831. C’est une prison cellulaire pour mineurs délinquants, vagabonds et enfants relevant de la Correction paternelle [2]. Dans un premier temps, on y privilégie le régime cellulaire la nuit, et dans la journée les jeunes détenus travaillent en silence en atelier, ils reçoivent une instruction élémentaire et religieuse. Le voeu du législateur de 1791 est réalisé : lier la peine à l’éducation.

Pourtant, très vite, la Petite-Roquette évoluera vers l’encellulement intégral, jour et nuit. Dans une conception très religieuse, l’isolement et le silence apparaissent comme des gages d’amendement destinés à favoriser « le recueillement et la contrition »  [3]. A la même époque, on enferme les « filles perdues » dans les Bons Pasteurs, lieux intermédiaires entre le couvent et la prison.

Puis au silence rédempteur de la Petite-Roquette se substitue la « nature rédemptrice », avec la création des colonies agricoles qui inaugurent un espace hors de la prison pour les mineurs de justice. Si, au moment de leur création, elles ont pu apparaître comme une alternative à la prison, elles n’en sont, en fait, que le prolongement. Avec l’évolution de la prolétarisation des villes, le régime se durcit. On ne croit plus guère à l’efficacité de la prison qui amende, mais à celle qui sanctionne. A la pitié succède progressivement la peur sociale...

Un article de Jacques Bourquin, président de l’Association pour l’histoire de l’éducation surveillée et de la protection judiciaire des mineurs, paru dans Le Monde diplomatique de juin 2002. Les documents photographiques qui accompagnent le texte ont été réalisés entre 1929 et 1931 par le studio Henri Manuel (collection CNFE-PJJ).

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29 novembre 2008

La prison parisienne du Cherche Midi, quelques pistes de lecture...

Des événements de juin 1940, nous avons tous en mémoire quelques-uns des clichés, stéréotypés. Le repli des prisons constitue l’un des aspects méconnu de l’exode. Au départ du Cherche-Midi et de la Santé jusqu’à Gurs, quelque deux mille détenus de la « Prison militaire de Paris » sont entraînés dans un « voyage au bout de l’enfer ». Chronique d’un exode pénitentiaire insensé...

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L’assassinat de Maurice Sarraut. Lectures d’un crime politique

L’assassinat de Maurice Sarraut. Lectures d’un crime politique

Par Félix Torres

Qui se souvient aujourd’hui de l’assassinat, par une froide soirée de décembre 1943, de Maurice Sarraut, directeur de la Dépêche et patron du radicalisme méridional ? Ce meurtre commis par un tueur de la LVF encadré par la Milice a été éclipsé par les conditions de parution de la Dépêche entre 1940 et 1944, puis par sa renaissance en 1947 sous le nom de la Dépêche du Midi. Ce n’est pas le destin du journal de Toulouse qui se jouait ce soir-là mais un événement d’une tout autre ampleur, un projet politique original que ne partageaient ni le régime de Vichy, ni la Résistance, intérieure ou extérieure, à savoir le rétablissement de la IIIe République. Voilà sans doute pourquoi le forfait du 2 décembre 1943 ne s’est guère inscrit dans la mémoire collective nationale.

Le crime politique n’est guère une tradition française. Certes, des assassinats de Henri III et Henri IV à l’exécution publique de Louis XVI, la France compte maints régicides. On trouve encore l’écho de ceux-ci dans l’exécution du duc d’Enghien par Napoléon Bonaparte et de l’assassinat du duc de Berry par Louvel, deux « fautes » diraient Chateaubriand qui sont aussi des gestes politiques, à savoir la volonté de briser la chaîne de l’Ancien régime. Cette veine se tarit dès s’affirme le suffrage censitaire ou universel, avec la représentation parlementaire qui en découle. Même s’il faudra compter avec les attentats anarchistes de la fin du XIXe siècle et les tentatives d’assassinat du général de Gaulle au moment de la guerre d’Algérie. Une période déroge à la règle, celle du régime Vichy, qui voit se multiplier les assassinats et exécutions sommaires d’hommes politiques. C’est notamment le cas en 1944 : assassinats parmi d’autres de Georges Mandel, Jean Zay ou de Victor Basch par la Milice, exécutions de Philippe Henriot, d’Albert Chichery ou à Alger de Pierre Pucheu. Anatole de Monzie n’a pas tout à fait tort quand il évoque, dans ces « opérations de série », un « banditisme politique […] inédit dans notre histoire » . Deux assassinats politiques majeurs ont eu lieu lors des années précédentes, celui de Darlan à Alger le 24 décembre 1942, celui de Maurice Sarraut, le patron de la Dépêche à Toulouse, le 2 décembre 1943. Si ces deux crimes font alors grand bruit, leur destinée posthume apparaît fort différente. La mort du grand Amiral et les péripéties des années algéroises de 1942-1943 ont suscité une littérature considérable, sans cesse enrichie, où se croisent, à un moment charnière du second conflit mondial, ambitions françaises et grandes manœuvres internationales. Le second va perdre rapidement son caractère national pour devenir un simple épisode régional, promis, hors quelques allusions dans les histoires de Vichy, à l’indifférence de l’oubli...

http://www.arkheia-revue.org/spip.php?article137


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Magda Fontanges, maîtresse du Duce, écrouée à Mauzac (Dordogne)

Magda Fontanges, maîtresse du Duce, écrouée à Mauzac (Dordogne)

Par Jacky Tronel

La figure la plus connue des internées de la prison pour femmes de Mauzac se nomme Madeleine Coraboeuf, alias « Magda Fontanges ». Née le 10 mai 1905, elle est incarcérée à Mauzac le 5 juin 1948 et quitte l’établissement le 31 janvier 1951 pour la maison d’arrêt de Pau. Madeleine est la fille d’Antoinette Thévenin et du peintre Jean Coraboeuf, grand prix de Rome en 1898. Intelligente, jolie, pétillante, elle épouse à 17 ans un sous-préfet dont elle divorce deux ans plus tard.

Sous le pseudonyme de Magda Fontanges, nom de l’une des maîtresses de Louis X I V, elle débute une carrière de comédienne puis se tourne vers le journalisme. En 1935, usant de son pouvoir de séduction, elle obtient la correspondance romaine du Matin. L’année suivante, elle devient correspondante d’un autre quotidien, genevois celui-là, La Liberté. À Rome, Magda réalise une interview du Duce qui en fait aussitôt sa favorite. Mussolini se lasse assez vite de cette femme volcanique et exclusive. Jalouse des nouvelles conquêtes féminines de son amant, Magda Fontanges vend à un journal américain ses souvenirs : « J’ai été la maîtresse de Mussolini ». Elle fait de même auprès de l’hebdomadaire Confessions (éditions des 1er, 8, 15 et 22 juin 1937). Furieux, le Duce fait expulser « la Fontanges » d’Italie. Convaincue que cette expulsion est le fait de l’ambassadeur de France, le comte Charles de Chambrun, elle décide de se venger : le 17 mars 1937, en gare du Nord, elle tire sur lui à deux reprises, ne le blessant que très légèrement. Son avocat, Me Floriot, obtient un an de prison avec sursis et cent francs d’amende. Survient la guerre. En 1940, Madeleine Coraboeuf gagne l’Allemagne. À peine y est-elle entrée qu’elle se fait expulser. Au mois de juin de la même année, elle tente de passer clandestinement en Espagne. Repérée, elle est reconduite à la frontière, incarcérée à Bayonne, puis libérée par les Allemands à la condition qu’elle travaille pour l’Abwehr. Elle accepte et entre au service du contre-espionnage sous le pseudonyme de « Héléna ». Dans le même temps, semble-t-il, elle vend à des ministres français des renseignements sur l’Italie où elle a gardé des contacts. En juillet 1941, ses commanditaires allemands l’envoient en mission à Bruxelles puis, un an plus tard à Marseille et enfin à Paris. Là, elle obtient une couverture en se faisant engager à Paris Soir. Elle travaille alors pour la branche renseignement du Sipo-SD, l’organisme de tutelle de la gestapo. Lâchée par les Allemands en 1943, sans doute lassés par ses frasques peu compatibles avec ses missions d’agent secret, congédiée par le journal Paris Soir, elle rencontre le fameux Lafond, alias « M. Henri », chef de la Gestapo française de la rue Lauriston dont elle devient la maîtresse...

http://www.arkheia-revue.org/spip.php?article98


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1942-44 : Les évadés de France par l’Espagne

1942-44 : Les évadés de France par l’Espagne

Par Bernard Piquemal

L’un des plus grands convois qui ont franchi la frontière franco-espagnole est sans conteste celui des cinquante quatre évadés du 20 juin 1943, au port de Belhay, à 1.800 mètres d’altitude, en pays basque au sud de Sainte Engrace. Je garde avec émotion, dans ma mémoire le souvenir de notre passeur Michel Olazabal et de son beau-père Pierre qui organisèrent, avec quelques complicités, la formation de ce convoi et en assurèrent la progression jusqu’à la frontière pendant trois longues étapes nocturnes. Sauf pendant la dernière étape au cours de laquelle tous deux, l’un à l’avant, l’autre à l’arrière, guidèrent le convoi, ils vaquaient à des tâches complémentaires. L’un allait vérifier les points chauds sur notre parcours, l’autre nous faisait progresser vers les cimes et la frontière.

Histoire d’un passage

Comment avons nous pu accrocher ce wagon en formation ? Nous étions sept tarn-et-garonnais au rendez-vous frontalier du Port de Belhay. Il y avait René Léris de Saint-Antonin, vieil ami de lycée, que nous retrouvâmes par hasard à Pau où il eut des démêlés avec la police qui ne voulait rien comprendre à sa présence touristique dans cette plaque tournante des évasions qu’était alors le chef lieu des Basses-Pyrénées, devenues depuis Pyrénées-Atlantiques. Il y avait Pierre Joanny et René Gouze, de Bourret, qui avaient conjugué leurs efforts et leurs ressources, que je ne connaissais pas et que je découvris dès la première étape. Il y avait Paul Laval et son frère Guy de Montbartier, Jean-Pierre Delort et moi-même de Verdun-sur-Garonne. Nous étions tous décidés à partager les épreuves et les succès. Paul Laval notre aîné, né en 1920, assuma les contacts, procura un passeur, organisa le succès de notre entreprise avec calme, sérénité et beaucoup de dynamisme. Brillant élève du lycée Ingres de Montauban, il venait d’entamer sa carrière dans les PTT qu’il déserta pour cette priorité du combat antinazi. Son frère Guy de deux ans son cadet déserta lui un chantier de jeunesse en Dordogne avec son ami Louis Pouzergues de Saint-Antonin. Réfractaires au STO, ils n’avaient pas voulu aller contribuer à l’effort de guerre des nazis dans quelque usine d’armement outre Rhin. Louis Pouzergues choisit de rester près de sa fiancée et vécut de long mois en contact avec le maquis d’Ornano qui s’approvisionnait à Cazals, chez Périès, à la maison du pont. Ensuite Louis intégra le maquis de Monclar. Delort né en 1923 et moi-même, son cadet de six mois, membres du réseau Alphonse Buckmaster et du corps franc Gérard de Verdun-sur-Garonne, lassés des balbutiements d’une résistance mal organisée et trop platonique à notre goût, lassés d’espérer des parachutages d’armes qui ne venaient jamais, comprîmes que nous n’avions pas les capacités pour organiser une stratégie de combat valable...

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Le camp de Septfonds : 60 ans d’histoire et de mémoire

Le camp de Septfonds : 60 ans d’histoire et de mémoire

Par Sylvain Zorzin

Le camp de Septfonds n’est pas un lieu de mémoire. Il est un lieu des mémoires. Entre 1939 et 1945, Guerre civile espagnole, régime de Vichy, résistance - légale puis “ illégale ” - à l’occupant nazi, collaboration, déportation, et cette vie quotidienne dans un village de moins de deux mille âmes, se sont entrechoqués sur quelques kilomètres. Et les différentes mémoires qui ont émergé, qui se juxtaposent plus qu’elles ne cohabitent autour des sites de commémoration, sont les vécus a posteriori des différents épisodes de l’internement, le travail entrepris par des acteurs impliqués sentimentalement dans cette histoire, dans ces histoires.

Depuis la réhabilitation — un mot abstrait pour désigner le défrichage d’un terrain recouvert par les ronces et les mauvaises herbes — du cimetière espagnol par un ancien républicain retiré à Septfonds au début des années soixante-dix, les cérémonies se sont succédées devant des médias de plus en plus diserts, tandis que les historiens découvraient ce rouage essentiel de l’internement espagnol, l’extermination nazie, ce lieu entaché des excès de la Libération. Quand l’histoire se dévoile, les mémoires sont en ébullition. Mais à Septfonds, l’histoire est lourde de destins, et ces mémoires sont, à plusieurs moments, entrées en concurrence. Ces conflits, parfois âpres et dont les autorités municipales ont perdu le contrôle, sont peut-être le maître mot des différents travaux de mémoire autour du camp. Ce n’est pas un phénomène exceptionnel pour cette réinscription tardive, dans la mémoire de la Nation, des destins qui ont écrit l’histoire des camps d’internement. « Cet investissement de la scène publique par les exclus de l’Histoire se manifeste presque toujours non seulement par une action politique, mais également, ce qui va de pair, par une réappropriation d’un passé, d’une histoire spécifique, pensée comme singulière et distincte de l’histoire générale, par exemple de l’histoire nationale » , écrit Henry Rousso. Et ce n’est pas parce que Septfonds est un petit camp, « peu connu » selon l’aveu même du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), que tout est plus simple. Ces mémoires de Septfonds, ce sont d’abord des mémoires communautaires, appartenant aux acteurs des trois communautés, espagnole, juive et polonaise. Ce sont encore des individus dont le souvenir se rattache à la période noire de la collaboration. Et c’est aussi ce que nous avons appelé la mémoire du village, la façon dont jeunes et moins jeunes de Septfonds perçoivent l’histoire de leur village, plus de cinquante ans après que des flots « d’indésirables », comme on les appelait, se furent déversés dans leur commune. Toutes se croisent et se bousculent depuis une trentaine d’années.

« Eh bien ! Oubliez-nous, maisons, jardins, ombrages ! Herbe, use notre seuil ! ronce, cache nos pas...

http://www.arkheia-revue.org/spip.php?article156


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1939, les premiers camps d’internement français

1939, les premiers camps d’internement français

Par Geneviève Armand-Dreyfus

Le retour d’Édouard Daladier à la présidence du Conseil, en avril 1938, marque un infléchissement très net dans la politique française relative aux étrangers. Reflet de la montée de la xénophobie qui touche la France des années 1930, effet des arrivées répétées de réfugiés, surtout espagnols, et résultante d’un certain consensus de la classe politique, une série de mesures législatives et réglementaires sont prises afin de contrôler et surveiller les étrangers.

Le nouveau gouvernement se constitue le 10 avril et, le 2 mai, il promulgue un décret sur “ la police des étrangers “, présenté comme une nécessité pour “le souci de la sécurité nationale, de l’économie générale du pays et de la protection de l’ordre public”. La distinction est martelée entre l’étranger de bonne foi et celui qui se montre “indigne de vivre sur notre sol “. Le gouvernement indique que “ la France ne veut plus chez elle d’étrangers “clandestins”, d’hôtes irréguliers “. Si un étranger, frappé par un arrêté d’expulsion, ne parvient pas à obtenir le visa qui lui permettrait de quitter la France, le ministre de l’Intérieur “ pourra assigner à l’intéressé une résidence déterminée qui rendra sa surveillance possible “. [1] Le 12 novembre suivant, estimant que l’assignation à résidence représente une “ liberté encore trop grande “, un autre décret stipule que les étrangers “ indésirables “ qui “ sont dans l’impossibilité de trouver un pays qui les accepte “ seront dirigés vers des “ centres spéciaux “ où ils feront l’objet d’une surveillance permanente. Le gouvernement peut constater que “ le contrôle et la surveillance [des étrangers] sont maintenant assurés, sur le territoire, dans des conditions jusqu’ici jamais réunies “. [2] Tandis que le premier “ centre spécial de rassemblement “ sera créé le 21 janvier 1939 à Rieucros, en Lozère, l’arrivée massive des républicains espagnols sera la première application à grande échelle de ces décrets et en particulier du plus récent d’entre eux, celui de novembre 1938, qui prévoit l’internement administratif des étrangers considérés comme “indésirables “. C’est, en effet, dans une France qui a commencé un repli xénophobe que les réfugiés espagnols ont la malchance d’arriver. A partir d’avril 1938, cette terre d’asile se referme progressivement : le Front populaire se meurt et s’ouvre une période où, sous la pression d’une partie importante de l’opinion, les mesures relatives aux étrangers se font plus restrictives. Les arrivées successives de réfugiés espagnols au cours des diverses phases de la guerre d’Espagne et la menace, longtemps annoncée, d’un exode encore plus massif n’y sont certainement pas étrangères…

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Le rattachement de l'Administration au Ministère de la Justice

Notes pour la dispense de cours aux élèves-surveillant(e)s de l'A.P. en formation initiale

Philippe Poisson - formateur des Personnels à l'ENAP - 17 février 2004

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