Documents Justice

Documents du temps passé concernant l'Histoire de la justice, des prisons et des bagnes.

14 novembre 2008

À la mémoire de l'anarchiste Alexandre Jacob

" ... Cet homme, me disait M. Toublanc, était une sorte de mystique de la justice. Il connaissait les textes comme un avoué. Il nous accablait de réclamations dont l’admirable était qu’elles concernaient rarement lui-même. Il était l’avocat d’office de tout le monde, invoquant toujours à propos de tel paragraphe du règlement, tel article de la loi. Tant qu’il ne put se plaindre de nous qu’à nous-mêmes, c’était facile : ou bien on ne lui répondait pas, ou bien l’on s’arrangeait pour attribuer ses plaintes à une malveillance ou à un irrespect qui méritaient sanction. Mais le jour vint où il apprit qu’il avait la ressource de s’adresser, par-dessus nos têtes, à l’administration supérieure, c’est-à-dire au gouverneur de Cayenne, et même à l’Administration centrale, c’est-à-dire au ministre des Colonies. Les enquêtes de presse avaient attiré l’attention sur le bagne. Paris tremblait à l’idée d’un scandale que les journaux exploiteraient, mettant en cause un système qui trouvait de moins en moins de défenseurs. Les placets de Jacob, bien tournés, mordants, enrichis de références adroites aux textes en vigueur, nous valaient à chaque courrier des demandes d’explications, sans parler des câbles. Il en était arrivé à en faire un jeu. Courant avec indifférence le risque de payer de six mois de cachot supplémentaire une protestation que nos parvenions, à quel prix ! à faire classer comme injustifiée, il revenait perpétuellement à la charge et il nous fallait le suivre, répondre, noircir des feuillets format ministre, expliquer nous défendre comme des assiégés. C’était une énorme haine en mouvement, infatigable, terriblement intelligente, armée jusqu’au dents ..."

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Les vrais les durs, les tatoués

" Jusqu'à peu, tatouage et prison étaient encore menottés ensemble et difficilement dissociables. Nul hasard. En France, de 1850 à 1945, le piquage fut majoritairement l'attribut des truands. Leur carte d'identité. Le derme des Hommes racontaient leur vie derrière les barreaux, dans les bars et sur les trottoirs des bas-fonds.

Au début du siècle, pour être un mec du Milieu, il fallait être naze et bousillé, soit syphilitique et tatoué. Cette "école française du tatouage" est née dans les bagnes au XIXe siècle en Afrique du Nord, dans ce que l'on appelait alors Biribi. Bat d'af, Compagnie de discipline et autres pénitenciers furent de véritables machines à tatouer les mauvais garçons. Aujourd'hui tombés en désuétude, les grands classiques de l'encrage hors-la-loi ont quitté les peaux des vrais de vrais. Ne restent que les photos - souvenirs noir et blanc laissés par les criminologues."

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Le quartier des prisonniers politiques au Mont-Saint-Michel (1832-1834)

" Le Mont-Saint-Michel apparaît, dès la fin du Moyen-Age, comme un lieu de détention commode par son isolement et ses fortifications. Au XVIIIe siècle, il est surnommé la  « Bastille des mers » car le roi de France y exile des prisonniers par lettres de cachet. Les moines devenant moins nombreux, le rôle de l’abbaye tend à se réduire et des locaux sont progressivement affectés à l’incarcération de prisonniers. La Révolution chasse les derniers religieux et libère les prisonniers de la monarchie mais bientôt, elle envoie au Mont des prêtres (réfractaires puis constitutionnels), des Chouans et des condamnés de droit commun. Napoléon Ier et Louis XVIII en font une maison de force, humide et glaciale, pour les condamnés aux travaux forcés..."

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Les anciennes prisons de Quimper de la fin de la Révolution au Second Empire

" ... En novembre 1811, on compte à la maison d'arrêt 32 filles vagabondes et prostituées. Quatorze d'entre elles souffrent de maladies vénériennes, trois d'entre elles sont enceintes. En 1836, la maison d'arrêt contient de 71 à 88 prisonniers dont 1/3 de femmes. La maison de Justice, quant à elle, héberge, selon les époques de l'année, de 11 à 59 détenus.

Ainsi près d'une centaine de détenus est présente à Quimper tout au long de l'année. La présence d'enfants et d'aliénés est courante.

Parmi les femmes, certaines mères condamnées demandent à conserver leur enfant nouveau-né à leur côté en dépit des conditions difficiles de la détention. A l'exemple de Jeanne Tourmen, enceinte, et emprisonnée pour deux ans en juillet 1836. Elle va, après son accouchement, conserver son enfant en prison pendant quatre mois (durée de l'allaitement maternelle) puis celui-ci lui est retiré pour être placé au rang des enfants abandonnés à l'hospice civil.  Jeanne, quant à elle, est transférée à la prison de Rennes ... "

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Les anciens bourreaux de Quimper

" ... Les bourreaux de l'Ancien Régime habitaient traditionnellement en dehors des murs de la ville. Exerçant une profession abhorrée de tous, ils ne trouvaient pas facilement d'épouse ni de parrains pour leurs enfants ou alors ne se mariaient qu'après s'être retirés du service.

A la Révolution la guillotine était installée sur le plateau de la Déesse. Au XIXème siècle, les exécutions des condamnés avaient lieu sur la place de Mesgloaguen, près de la prison où étaient alors dressés les bois de justice. Elles rassemblaient une foule de badauds attirés par un spectacle morbide que certains trouvaient cependant édifiants ..."

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Les bâtiments des prisons du XVIIe au XXe siècle à Châtellerault

" ... Châtellerault a connu essentiellement deux prisons, utilisées pendant de longues années, mais à certaines périodes difficiles de son histoire, plusieurs endroits ont fait office de lieux d’incarcération. Nous allons commencer par présenter ces prisons occasionnelles, pour lesquelles nous avons parfois peu de renseignements..."

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Les Femmes en Prison à Chatellerault au XIXème siècle

" ... Le 18 avril 1838, quatre femmes sont écrouées en même temps, emmenées par des gendarmes de la brigade de Châtellerault13. La première d’entre elle se nomme simplement Joséphine, « fille naturelle », âgée de 22 ans. Native de Châtellerault où elle réside, sans profession, elle mesure 1m 65, a des cheveux blonds, des yeux verts et un « teint très coloré ». Incarcérée pour vol, elle est vêtue d’un « bonnet, d’une robe d’audierne, d’un tablier de coton bleu, d’une chemise, de soulier et d’un fichu ». A ses côtés se tient Anne Ouvrard, femme de Jacques Dubois, sans profession tous les deux. Mesurant 1m 52 avec des cheveux châtains et des yeux roux, elle est arrêtée avec son mari pour « vol qualifié ». Sans emploi, âgée de 36 ans, native de la ville, elle porte ce jour-là un bonnet, une robe d’indienne, un tablier de coton neuf, une chemise, une paire de souliers et un fichu. Sa voisine, Louise Brigault, lui ressemble, sans profession également, native de Châtellerault et âgée de 36 ans, arrêtée pour vol qualifié et vêtue de la même manière à l’exception de son fichu, de couleur rouge. Tout ce qui les différencie réside dans le célibat de Louise Brigault. Enfin, Françoise Gaudru complète ce tableau de la misère urbaine du Châtelleraudais sous la Monarchie de Juillet. Native de la ville et épouse d’un domestique, Pascault, elle vient d’être arrêtée pour vol d’argent. Sans profession, elle mesure 1m 50 et se présente vêtue d’une camisole d’étoffe bleue, d’une jupe bleue, d’une chemise, de bas et de sabots. Agée de 21 ans, elle se distingue par des marques de petite vérole sur la face..."

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René Belbenoit, bagnard et écrivain

"... René Belbenoît est né le 4 avril 1899 à Paris. Vers l'âge de 17 ans, il est en prise avec la justice pour vol et abus de confiance. Il fera, par la suite, plusieurs séjours en maisons de correction.

Il comparaît le 29 mai 1922 devant la cour d'assises de la Côte d'Or, pour un ultime vol : 2.800 francs dérobés au restaurant « Le Pré au Clerc » de Dijon. Il est condamné à 8 ans de travaux forcés et à 10 ans d'interdiction de séjour. En réalité, en vertu du « doublage », c'est un exil perpétuel en Guyane qui est ainsi prononcé. Le 7 juin 1923, devenu le « transporté matricule 46.635 », il quitte Saint-Martin de Ré pour la Guyane, à bord du « La Martinière ».


Affecté au « Nouveau camp », en raison de sa faible constitution physique, il tentera sa première « belle » dès le deuxième mois. L'échec de cette tentative lui vaudra de goûter aux locaux disciplinaires ..."

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Témoignage de Roger Payen sur les événements du 14 juillet 1944 à la prison de la Santé

" ... La « Santé » fut le théâtre d’une provocation d’envergure, qui n’avait qu’un but, compromettre les détenus politiques pour que s’abatte sur eux une impitoyable répression. Depuis quelques jours des notes circulaient : « appelant les droits communs à briser les portes de leur cellule le 14 juillet à 10 heures du soir, l’Internationale devait être le signal de la rébellion ». L’administration n’ignorait pas la circulation de ces petits papiers, mais rien ne fut fait pour arrêter un mouvement qui devait avoir de si graves conséquences. Un politique dut s’adresser le 13 et le 14 au soir aux droits communs pour les mettre en garde contre une action si folle qu’elle condamnait les instigateurs.

Mais le mal était lancé… Il pouvait être 10 heures 20 – nous voulions croire que rien ne se passerait, que l’appel au calme serait entendu, que la raison l’emporterait – quand nous perçûmes dans les galeries les premiers coups portés contre les portes ; aucun service d’ordre dans les couloirs – et pourtant peu de chose aurait suffi pour briser dans l’œuf un tel mouvement inconsidéré – les coups après s’être un instant ralentis reprennent de plus belle, et bientôt des portes cèdent et les couloirs sont pleins des craquements des portes qui se brisent. En un instant, toutes les cellules droits communs de notre division étaient ouvertes. Nous étions sur nos gardes, prêts à tout pour défendre nos cellules… déjà des D.C. nous avaient invité à sortir, puis notre porte fut ouverte, et nous devions assister au plus incroyable des spectacles. À peine sortis de leur cellule les D.C. se demandaient où aller… Ils avaient cru naïvement qu’il leur suffirait de briser la porte de leur cellule pour être libres… mais ils étaient encore prisonniers.

Le personnel de la maison s’était replié ; la souricière était fermée, des mitrailleuses en gardaient l’unique issue. Les bruits les plus invraisemblables circulaient dans le même but : tromper les révoltés sur l’origine du mouvement, ceux-ci leur sac sur l’épaule, se traînaient lentement dans les couloirs, brisant pour briser. Les locaux des entrepreneurs furent ouverts et mis à sac et ce fut une pluie d’articles de cotillons, chapeaux de papiers, mirlitons, etc. Cette affaire qui devait finir si tragiquement prenait l’allure d’une mascarade..."

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